Dans le vaste territoire de l’art moderne éthiopien, Robel Berhane s’est aménagé son propre espace, à la croisée de l’art décoratif, de la figuration et du symbolisme. De son poste d’observation, cet artiste, très influencé par le graphisme, le design mais aussi par certains courants esthétiques du XXème siècle tels que le réalisme, s’efforce d’imprimer sur ces toiles une vision sublimée des réalités culturelles éthiopiennes. La compréhension de ses oeuvres obéissent à une dialectique de la réalité contemporaine et de la survivance des éléments symboliques de la culture éthiopienne. Hors d’une telle optique, son travail ne peut être compris.
Si la filiation artistique de Robel Berhane avec des peintres occidentaux tels que Gustav Klimt a parfois été suggérée, son vocabulaire visuel puise d’abord en effet dans les matériaux symboliques, les codes et les variations géométriques qui sous-tendent la tradition iconographique éthiopienne.
Ces personnages essentiellement féminins, vêtus de costumes traditionnels, s’exposent avec fierté aux regards du spectateur comme pour témoigner de l’originalité d’une esthétique, toujours ancrée dans la tradition certes, mais dont personne, aujourd’hui encore, malgré l’évolution du goût et du plaisir esthétique, ne pourrait mettre en doute la magnificence. Il y a là un message par lequel le peintre illustre et réaffirme d’une certaine façon cet isolement séculaire du reste du monde que plusieurs générations d’artistes éthiopiens “vivant en Ethiopie”, ont parfois revendiqué, justifiant ainsi le caractère autoréférentiel de leurs productions . Conformes à cette logique, les oeuvres de Robel Berhane, s’nscrivant presque organiquement dans l’aura symbolique d’une Ethiopie éternelle, tirent d’elles-mêmes et du temps présent, une originalité exceptionnelle.
NJ



Pour le consommateur d’art que je suis, l’opportunité d’un (trop) court passage à Paris est synonyme de visites-éclair de galeries et balades accélérées dans les expos, une fois expédiées les obligations professionnelles. Coup de bol le dimanche 26 octobre, il y avait encore la
La création des conditions d’exil des artistes africains a connu deux impulsions historiques majeures: l’une nourrie par l’enseignement colonial après la 2ème guerre mondiale, l’autre par les crises politiques et économiques des indépendances.
Skunder Boghossian , après un bref retour dans sa ville natale (1966-1969), choisit de s’implanter définitivement aux Etats-Unis (1970), à Atlanta d’abord où il enseigne la peinture et l’art africain. Le renversement d’Haïlé Sélassié en 1974 et la révolution marxiste hypothèquent son retour en Ethiopie. A partir 1978 il s’installe à Washington en tant que professeur associé au Fine Art School Department de la Howard University de Washington, regroupant autour de lui une véritable diaspora d’artistes éthiopiens, dont les plus connus sont Wosene Kosrof, Girmay Hiwet, Elisabeth Atnafu et Achyemeleh Debela.

Or Wilfredo Lam est aujourd’hui considéré sinon comme le père fondateur comme l’un des précurseurs d’une tendance “transafricaine” de l’art qui verra naître aux Etats-Unis à la fin des années 60 le mouvement Afri-Cobra. S’il est difficile d’affirmer que Wilfredo Lam a constitué un lien historique entre les artistes de la diaspora éthiopienne et les artistes afro-américains, il est en revanche parfaitement évident que certains mouvements de promotion d’une “authentique esthétique afro-américaine”, tels qu’AFRI-COBRA (fondé à Chicago en 1968), pendants artistiques des groupes politico-révolutionnaires comme le Black Power Movement, ont influencé la peinture éthiopienne moderne, à travers les parcours individuels de sa diaspora.